7. Dans le placard fermé du laboratoire déployé

par myel

« Magicien, magicien, vois-tu quelque chose dans ce noir ? N’as-tu pas un vieux sort d’illuminé à nous montrer, le bout de ta baguette pourrait-il scintiller ?

– C’est intime et puissant jeune fille, de faire exploser la lumière à partir du néant… De révéler, le grand jour aux regards. Voici un clair de lune, contente-toi de ses reflets, moi j’ai les yeux perçants.

– Je sais, mais pas encore assez pour mes plus grands secrets… »

Je n’avais pas lancé cette attaque pour le contrarier, ni pour lui donner envie de me questionner. J’avais juste envie de le voir, depuis des jours entiers il n’y avait plus que des nuits par ici, je savais que nous n’étions pas si loin mais un trou noir, avait tout envahi.

J’entendais les voix d’autres figurines murmurer, que nous n’étions que les pions d’un vaste projet, en ces moments soigneusement rangés, comme de vulgaires ingrédients d’expériences psychonarcodélirodésirosentiscientifiqu’mentales… Je ne savais plus vers qui croire. Plus rien n’existait, que le noir.

Je souriais au fait que les voix persistaient, avec le croissant qu’il venait de déposer, façon étoile de mille bergers je savais désormais, où le rejoindre. Espérant ne pas me faire prendre, au piège par d’autres sortilèges, je longeai la planche où je reposais, contournai des flacons de pavés, de flocons, de potions à bulles et de poudre volante. Presque perdue je fis une pause face à deux néons de Noël.

Il s’avança vers moi, saisit mes doigts d’hiver de ses mains enchantées et le décor changea, nous transporta sur un autre plancher. Plus grand que nous se tenait un livret, avec des recettes, des incantations, des thèmes et des notes en vrac. Pas un instant je ne soupçonnai mon ami retrouvé d’être l’auteur du manuscrit : ses yeux s’ouvraient grands comme jamais tant il était surpris.

Nous découvrîmes que nous étions imaginaires, phantasmes, mais autonomes. Ainsi nos pensées s’écrivaient à la suite des péripéties que nous avions vécues, parallèlement à d’autres habitants du… laboratoire, le tout écrit à l’encre malégique.

« Alors nous sommes… prisonniers libres ? Virtuels mais capables de créer les mondes les plus audacieux ? Nous ne risquons pas de… mourir sauf si nous l’écrivons ? Oh et regarde, je suis même narratrice ! Vous m’écoutez diablotin ?

– Parfait ! Génial ! Alors vous êtes autant magicienne que moi ?! Hmm… Je m’en doutais…

– Sois pas vexé, tu restes un plus habile sorcier. Allez, on dessine de nouveaux alentours ? Sans contraintes, chaînes, limites, borderies ni barrières en chemins de fer…

– Et sans vêtements ? »

Même conscient de son inconsistance, le magicien demeurait avant tout un homme… J’ai dit qu’on les ferait tomber au fur et à mesure qu’on construirait, les murs diaphanes autour d’un pétillant jardin secret. Imaginez à quelle vitesse il s’est fait maçon de l’inconstant ; assemblant les briques de lumière abritant des regards, montant un escalier pour atteindre mon cou… Il inventa un toboggan pour faire glisser ma jupe, tailla des branchages emmêlés clic-clac au passage ont sauté les boutons de mon chemisier. J’ai moi-même ôté les bottines qui enrobaient mes pieds pour tremper ces derniers, dans le bassin bouillonnant chatouilleur, presque brûlant qu’il venait d’achever.

En dessous de satin, calmant sa frénésie, je choisis d’interrompre son ouvrage. C’était injuste de ne pas en profiter aussi pour découvrir un peu de lui. Quelques promesses suffirent à décrocher, son manteau bien porté, son pantalon chauffant et sa chemise griffée.

J’avais eu peur qu’il ne perde, sa superbe en même temps que son habit, mais c’était me tromper sur toutes les lignes : plus j’apercevais de mes doigts sa peau surprise des étincelles qu’en nouvelle amante j’y posais, et plus il souriait, de sa bouche mais de ses yeux aussi. Et plus ses yeux et son sourire brillaient, et plus dominants et luisants ils devenaient, plus je me laissais faire, couvrir de baisers, de morsures, d’entailles dorsales et de tant de, brûlures infernalement bien placées.

Ma conscience revenait de temps à autre, occasions de réaliser que je ne rêvais pas, que nous étions ici dans un espace-temps qui n’existait pas, mais bien conscients du désir enflammé qui, là, nous animait.

Est-il nécessaire de vous raconter la suite ? Il avait aménagé une chambre en plein air afin que s’évapore le tissu qui restait… Nous y restâmes des heures, interminables, car le crépuscule n’en finissait pas, devenant l’aube, puis tombant à nouveau. Il avait aboli le jour et la nuit afin que nos jeux tendres, sensuels,  clandestins voire pervers,  baignent dans la plus belle lumière.

« J’entends des bruits, venant d’au-delà de nos barricades ! Tu crois qu’on aurait éveillé… la colère d’une laborantine ? Qu’on sera punis pour avoir défié sa non-surveillance ?

– Vu comme tu cries quand tu jouis, m’étonnerait pas que sa curiosité l’amène à venir voir, les plaisirs qu’on mijote… Fige-toi, la porte tremble ! »

C’est ainsi que j’ai retrouvé, mes personnages fétiches enlacés sur de l’ouate, entourés de miroirs, de dentelaire et mousse sauvages… Pieds, mains, taille et seins enliés d’un étrange cordage de soie. J’ai lu dans mon carnet d’aventures l’aventure qui les avait amenés là, sans agacement, au contraire, il fallait le vouloir très fort pour s’éveiller dans un placard et bâtir, un si joli écrin. Par mesure d’équité je les ai laissé reposer ainsi nus quelques heures, avant, par mesure de principe scientifique d’effacer de leur mémoire collective cette échappée belle qui n’eût pas eu lieu d’être inventée.