Missive expérience n°2

par myel

Cette fois j’ai rien en tête. Tu peux t’habituer à mes annonces d’intermèdes musicaux, ou à des tic-tac obsédants mais cette fois je n’ai rien en tête. Il y a bien le murmure du ventilateur pour nous déranger, et les tapotements du clavier. Inévitables inconvénients du papier à lettre de l’être moderne… Autour de ça le vide, le silence, l’ignorance auditive de la cité qui grouille autour, j’avais envie de me faire sourde au monde et de t’écrire.

Comment te portes-tu ?
A quelle heure t’élèves-tu ? Combien de temps tu veilles avant d’abandonner ?
Des routes affriolantes carrefourent-elle ton chemin ?
Est-ce que je m’immisce dans tes rêves, parfois ?

Les feuilles qui me poussent au printemps ne font qu’avouer lis-les donc, comment l’hiver fut revêche à passer. Brouillard épais à volonté, lumière filtrant péniblement, et ce vent bruineux frisant mes cheveux ! J’ai manqué d’imploser dans ma coquille, de mourir affamée par mes propres racines fâcheusement implantées. Mais voilà qu’avril me tisse une étoffe, des fleurs me voilent comme des jupons, je suis réconfortée par une chaleur timide et j’oserais même imaginer qu’on pourrait s’adosser.

J’ai l’image évidente où l’on marche sur un fil, ce sentiment de rouge et de funambulisme, mais pas que. Se calque aussi l’envie d’y faire la roue, d’esquisser quelques entrechats, de se laisser balancer tête en bas les yeux tellement ouverts puis de trouver un équilibre érotisant de dos à dos, chacun décrivant à l’autre sans bouger ce qui déboule de son côté. (Il serait subtilement conseillé d’inventer.)

Ainsi se faire trembler sans jamais vaciller.
Refaire le monde entre deux tours, deux hémisphères, deux beffrois deux falaises deux linges qu’importe.
Pourvu qu’on prenne cette place dans un lieu qui n’existe pas.

Vous y croyez ?

Je savoure étrangement le temps de l’écriture de ces lettres anonymes, formes sauvages de non-sens en vaine quête d’un plaisir archi-particulier. Voyant naître les idées sous l’impulsion des mots je me ravis d’une liberté coupable : je ne fais rien d’utile j’écris. Pire ici même, je n’écris à personne, je pose des questions dans le vide, je tutoie l’inconnu, je vouvoie le fantasme. Je flirte avec des fantômes.

Vous savez que j’aime déconstruire des allées sinueuses, pour exprimer à votre endroit, très cher, les pas chassés de mes pensées. Tu ne sais pas que tes échos provoqueraient pour un temps, le cahot battant la chamade ébranlant l’accroche de mon cœur.

Il est des évidences naissant dans la correspondance.

Je ne sais pas quel temps des deux m’est le plus addictif.
Je sais qu’ici j’attends toutes les réponses autant que le silence.