Missive expérience n°3

par myel

Elle est aussi épaisse que l’air est lourd, la brume qui me transporte. Que je transporte. Je l’effiloche à petits pas, mais qu’elle est attachante ! Quelle glue ! Quelle sangsue ! Un vrai manteau d’air humide et brûlant alors qu’il y a longtemps que les vents estivaux réclament le contact de ma peau. Les orages qui n’éclatent pas sont tenaces…

Je me demande si, il est plus aisé de se défaire d’un souvenir vécu, ou d’un désir interrompu ? Si,  il faudrait se détacher de ces émotions, ou les garder bien au chaud dans un carton ? Si, quand tout est bien au chaud, bien rangé, vaudrait pas mieux allumer un grand feu, de joie pour faire tout exploser ?

Qu’en pensez-vous ? Dans votre fauteuil de velours entre deux blondes bien fraîches… Vous êtes loin des orages et pourtant, ça vous arrive aussi avouez. De tirer sur les chaînes qu’on se forge pour savoir, combien de temps ça peut bien tenir ces fondations-là. En béton armé, fer gravé, câbles enterrés ; on s’accroche autant qu’on y croit. Tout s’effrite…

Qu’en pensez-vous ? De toutes ces directions qu’on n’a pas choisies. Des panneaux en lambeaux de n’être pas suivis. De la nécessité des évidences et des angoisses qui naissent de leurs absences ? Ça ne vous reste pas en travers, de la gorge comme un rhume ? Et quand vous toussez osez dire que ça ne se mue pas en brume !

Je ne suis pas colère. J’essaie même de vivre enchantée. Je suis juste épuisée de l’accablante aura que renvoie le miroir, chaque matin comme un poids, chaque geste comme un oubli de soi.

Voilà pourquoi je tourbillonne quand je t’écris. Pourquoi je tornade quand je croise vos yeux. Je sais que tu détiens la poudre, et l’étincelle pour allumer l’orage, que vous me déshabilleriez bien volontiers de mes regrets. Mais rien n’entame l’espace du brouillard caténaire qui me maintient en place. Vous riez. Je songe à la combustion spontanée.