Ne me laisse pas t’échapper

par myel

Il est entré chez moi par effraction, en traversant les vitres des baies. Je l’ai repéré quand il avançait dans la cuisine, j’étais en haut de l’escalier. C’était un homme banal, un cliché, un standard. Et je n’avais pas très peur à le voir, ce n’était qu’un cauchemar.

Il est entré chez moi pour voler, me voler. Kidnapper, séquestrer. Une intention violente et inquiétante enveloppait ses gestes : il cherchait, me cherchait.

Quand il a entrepris la montée des marches, je ne me suis pas enfuie, pas cachée, je voulais tout savoir. Qu’il me saisisse, me soulève, me renverse et m’attache, m’emmène dans sa tanière ou me ligote dans mon propre salon. Savoir.

Mais j’ai vu dans ses yeux la crainte et même de la douceur. Il a reculé, voulu s’échapper. J’ai crié : « Non ! », j’ai attrapé ses bras, je m’y suis jetée j’ai dit : « Maintenant tu restes là !  Tu t’amuses avec moi.. ». J’ai mis toute ma force à le retenir, à lui expliquer les principes du piège, et qu’on n’effraie pas les jeunes filles pour si peu, pas comme ça, sans froncer les sourcils, en montrant ses faiblesses.

J’ai fermé les yeux très très fort pour que les parois du couloir se serrent sous mes paupières. Pour ne pas m’éveiller. Rester coincée dans ses bras stupéfaits.